« Comment se vêtir pour la prière juive? » – Parasha Tetsavé, Exode 27:20 à 30:10.

« Comment se vêtir pour la prière juive ? »

(D’après un commentaire du rabbin Tsvi Tal de Bar-Ilan)

La parasha de cette semaine, Tetsavé, nous fournit une description des ornements vestimentaires des prêtres, qu’ils soient le Grand-Prêtre ou des prêtres ordinaires.

La Mishna se livre à un détail exhaustif et minutieux des vêtements et attributs que le prêtre devait revêtir lorsqu’il procédait au culte sacré, y compris certaines choses qui pouvaient rendre les vêtements invalides, et précisant ce qui arrive lorsqu’un prêtre s’y livre dans une tenue inappropriée. La Torah et les Sages ont vu dans ces ornements bien plus qu’une façon de se couvrir : ils ne servaient pas qu’à dissimuler, mais aussi à révéler la personnalité intime de la personne ainsi que le statut du prêtre tandis qu’il officiait dans le sanctuaire du Seigneur. On pourrait peut-être dire que la halakha concernant les vêtements adéquats à la prière, aussi bien pour la prière publique à la synagogue que pour la prière privée, s’agissant aussi bien des vêtements du hazane que de ceux de n’importe quel fidèle, a été influencée par le statut accordé aux vêtements portés par le prêtre dans le Tabernacle et le Temple. C’est ainsi que nos Sages ont souhaité affirmer plus résolument le statut de la synagogue comme celui d’un « petit Temple » (mikdash meat). Le rapport entre une personne et son vêtement peut aussi apparaître comme un parallèle entre le corps et l’esprit, entre l’enveloppe extérieure et le contenu intime, d’où l’importance des vêtements en général, et plus particulièrement lorsqu’on se tient devant Dieu.

La parasha Tetsavé qui, la plupart des années, est lue peu avant Pourim, attire notre attention sur la fonction du vêtement dans le rouleau d’Esther également. Il semble que l’auteur de la Meguilla (rouleau) ait souhaité, à travers les nombreuses descriptions vestimentaires, habillages et déshabillages, nous montrer quelque chose sur la signification cachée du vêtement, spécialement par rapport au fait que l’histoire d’Esther se situe à l’époque du retour des exilés de Babylonie à Sion, peu avant la reconstruction du deuxième Temple et le rétablissement du service sacré dans son enceinte.

Des commentateurs postérieurs du Talmud ont étudié les commandements relatifs au vêtement des prêtres. Est-ce que la préparation même du vêtement représente un commandement, ou bien est-ce que de porter ces vêtements est un commandement à part, ou bien sont-ils tous les deux l’expression d’une condition pour celui qui exécute le service sacré d’être vêtu correctement ? En d’autres termes, les vêtements sont-ils des moyens ou une fin ?

Le commandement n° 99 du Séfer hahinoukh [1] dit : « La personne qui est désignée pour conduire le service de Kippour doit diriger toutes ses pensées et intentions vers le culte ; c’est pourquoi il est approprié qu’il porte ces vêtements spéciaux. Lorsqu’il apercevra n’importe quelle partie de son corps, il sera immédiatement rappelé à l’ordre et sera conscient de Celui devant qui il se tient pour Le servir. Ce sera dès lors quelque chose de semblable aux tefilines que nous avons l’obligation de porter sur certaines parties de notre corps pour nous servir de rappel à un comportement correct.

Si nous nous tournons vers les posekim (décisionnaires de la halakha), nous voyons clairement que lorsqu’ils décidèrent de formuler les règles de la prière, ils avaient en tête les prêtres dans leurs vêtements spéciaux lorsqu’ils officiaient au Temple.

Dans le Orah hayim[2] n° 91, Rabbi Jacob ben Asher écrivait : « Comment doit-on s’habiller ? » Dans le traité Shabbath (11a), Rabba bar Rav Houna avait l’habitude de revêtir de beaux vêtements, de porter une ceinture, car il est dit : « Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël ! » (Amos 4:12). Maïmonide a écrit dans ses Hilkhoth tefila (Les lois sur la prière) qu’on doit apprendre à se ceindre d’une ceinture lorsque l’on prie même si l’on porte déjà un turban, afin que son cœur n’aperçoive pas sa nudité, et aussi à se couvrir la tête. On ne doit pas prier, habillé de ses seuls sous-vêtements ni nu-tête, ni pieds-nus, même si c’est la coutume dans sa région de ne pas se tenir en présence de personnages importants sans chaussures.

Le Beth-Yossef ajoute : « Quant à la prière, on doit se considérer comme si l’on se tenait devant le Roi et être rempli de crainte ». Baal Terouma précise : « A partir de là, on apprend qu’une personne doit mettre une ceinture pour prier ». Mais le Mahzor Vitry dit que ce n’est pas nécessaire. Il suffit de ceindre les reins afin de ne pas apercevoir sa nudité. De nos jours on porte ceinture et pantalon, mais ce n’était pas le cas jadis. A cause de tout cela, Rosh a écrit : « Bien sûr, c’est un commandement de porter une ceinture car il est dit : « Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël ! » (Amos 4:12) A partir des termes des Sages, tous les décisionnaires ont tranché que la manière correcte de se tenir devant Dieu doit être semblable à celle des prêtres lorsqu’ils pratiquaient le culte sacré.

C’est ce que le Kitsour Shoulhane Aroukh a ainsi résumé : « Il est écrit : Prépare-toi à rencontrer ton Dieu, Israël ! », ce qui signifie qu’on doit se préparer à se tenir devant Dieu, que Son Nom soit béni, habillé de façon convenable comme si l’on se présentait devant un officiel important. Même si l’on prie seul à la maison, on doit être correctement vêtu. Là où la coutume veut qu’on porte une ceinture, il est interdit de prier à moins de l’avoir mise. »

Les références aux ceintures, pantalons et tête couverte témoignent du lien établi avec le culte du Temple dont les règles étaient également formulées pour les générations à venir. Lorsque le rabbin Ovadia Yossef fut interrogé sur les règles de la prière, il répondit de façon exhaustive[3]. « Question : Une personne portant une chemise à manches courtes en été peut-elle diriger la prière ? Réponse : Dans le traité Berakhoth (30b), on nous dit que Rabbi Yehouda avait l’habitude de revêtir de beaux habits lorsqu’il priait car il est écrit (Psaumes 29:2) : « Prosternez-vous devant l’Eternel quand éclate Sa sainteté ! » Dans le traité Shabbath (10a), on raconte que Rabba bar Rav Houna veillait à porter des chaussures de qualité lorsqu’il priait ; il fondait cela sur l’Ecriture lorsqu’elle dit : « Prépare-toi rencontrer ton Dieu, Israël ! » (Amos 4:12), ce qui signifie : habillez-vous avec soin pour prier devant Lui. Maïmonide, de son côté, disait ce qui suit (Hilkhoth tefila 4:5) : « Avant de prier on doit d’abord s’assurer que ses vêtements sont convenables et les mettre soi-même, ainsi qu’il est écrit (Psaumes 29:2) : « Prosternez-vous devant l’Eternel quand éclate sa sainteté ! » Ainsi on ne doit jamais prier tête ou pieds-nus si c’est la coutume de la région de ne pas se présenter devant un personnage important sans bas. » Dans le Tour et le Shoulhane Aroukh, Orah Hayim (§ 98:4), nous trouvons : « La prière remplace les sacrifices ; c’est pourquoi il est nécessaire que celui qui prie porte des vêtements spécialement recherchés, tout comme les prêtres. Si ce n’est que tout le monde ne peut pas s’offrir de tels vêtements. En tout cas il est bon de revêtir un pantalon spécialement nettoyé pour la prière. Ceux qui conduisent la prière doivent y veiller au maximum.

Les remarques de Ovadia Yossef résument l’approche adoptée par la halakha qui veut que lorsque nous nous tenons en prière devant le Seigneur, nous devons porter une attention particulière à nos vêtements, idéalement destinés à cette occasion importante. Des vêtements qui rappellent les critères de ceux décrits dans la parasha Tetsavé pour le service sacré.

[1] Le Sefer haHinoukh (« Livre de l’Éducation ») ou simplement le Hinoukh est un texte juif médiéval publié anonymement en Espagne au XIIIe siècle, discutant des 613 commandements de la Torah en suivant l’ordre du récit du Pentateuque et non pas selon un ordre systématique, comme le Sefer Hammitsvot du Rambam.

Chaque commandement est décrit avec le concept de la mitzvah, sa source biblique, l’arrière-plan philosophique du commandement et un rapide survol de la halakha (Loi juive pratique) en ce qui concerne son observance. [Wikipédia]

[2]  »Orah Hayim (hébreu אורח חיים « chemin de vie », d’après Proverbes 5:6, acronyme או »ח O »H) est la première des quatre sections de l’Arbaa Tourim, le code de Loi juive de Jacob ben Asher et, par conséquent, du Choulhan Aroukh de Joseph Caro qui en reprend la structure. [Wikipédia]

[3] Responsa Yehavé da’ath, 4:4.

Rabbin Daniel Farhi

Daniel Farhi, né en 1941 à Paris, est un rabbin d'obédience libérale. Il est le fondateur en 1977 du Mouvement Juif Libéral de France (MJLF). Retraité depuis 2009, il préside actuellement le Centre Culturel Judéo-Espagnol/Al Syete et y enseigne régulièrement. Il a initié en 1991 la lecture publique ininterrompue de 24 heures des Noms des déportés juifs de France durant la Shoah. Il participe régulièrement au dialogue interreligieux entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. Il a écrit plusieurs ouvrages dont : "Au dernier survivant" et "Profession rabbin" (Editions Albin Michel). Il est Chevalier de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite.
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