Le bout du tunnel…

rabbin-daniel-farhi-tunnelN° 159 – 16 octobre 2013.

Les forces de sécurité israéliennes ont découvert et neutralisé la semaine dernière un tunnel souterrain reliant la bande de Gaza à Israël, vraisemblablement destiné à lancer une attaque terroriste ou une tentative d’enlèvement à l’intérieur d’Israël, a révélé l’armée israélienne dimanche 13 octobre 2013. – Le tunnel, de 2,5 kilomètres de long, reliait le village d’Abbasan al-Saghira, près de Khan Yunis, dans la bande de Gaza, au kibboutz Ein Hashlosha, dans le Néguev occidental. La sortie du tunnel se trouvait près d’une école maternelle dans le kibboutz. Il était rempli d’explosifs, probablement destinés à être utilisés pour un attentat terroriste, a déclaré l’armée. L’armée israélienne a indiqué qu’il a fallu plusieurs jours pour détruire le tunnel. “Le tunnel a été découvert à temps, nous avons évité une catastrophe” a déclaré à Ynet, dimanche, Haim Yellin, le chef du Conseil régional d’Eshkol. (La Lettre du CRIF du 14 octobre 2013).

                        Depuis le temps que tous les hommes de bonne volonté appellent de leurs vœux le temps où l’on pourra enfin apercevoir le « bout du tunnel » dans les relations israélo-palestiniennes, voilà une découverte qui ne va pas dans le bon sens. Tandis qu’en surface, des négociations ont difficilement repris après une longue interruption entre Israël et son voisin palestinien, en sous-sol, en revanche, des hommes s’affairaient depuis sans doute assez longtemps à creuser ce tunnel qui devait répandre la mort et la terreur parmi la population civile israélienne, plus particulièrement dans ce kibboutz de Ein hashelosha – « la source des trois » – fondé en 1950 par des Juifs d’Amérique du Sud. Son nom fut donné en l’honneur de trois membres des jeunesses sionistes qui périrent durant la guerre d’Indépendance (1948-49). Ce kibboutz compte 350 membres d’une moyenne d’âge de 50 ans. Il s’adonne à la culture, l’élevage des vaches et des dindes. Il possède un dispensaire, une piscine, un terrain de jeux, une épicerie, une synagogue et un jardin d’enfants. Il accueille de nombreux groupes de jeunes visiteurs voulant connaître la vie du kibboutz ainsi que des volontaires pour prêter leurs bras lorsque ses membres sont requis pour des périodes de milouïm à l’armée.

          Quelle doit être la force de la propagande du hamas pour que des jeunes hommes et femmes palestiniens s’en prennent ainsi à une population pacifique qui ne veut que vivre paisiblement, tout comme eux-mêmes pourraient le faire s’ils n’étaient intoxiqués par une idéologie de mort et de martyre. Cette organisation terroriste créée en 1987 porte un nom acronyme : harakat al-muqâwama al-‘islâmiya (arabe : حركة المقاومة الإسلامية, « Mouvement de résistance islamique »), dont la charte préconise la destruction de l’Etat d’Israël. Il est étrange qu’en hébreu, le mot hamas signifie « violence », comme nous lisions il y a deux semaines dans la Torah (parasha Noah, Genèse 6:11) : ותמלא הארץ חמס, « La terre fut remplie de violence ».

            En voyant se côtoyer dans le paragraphe précédent des caractères arabes et hébreux, je ne peux m’empêcher de penser à tout ce qui pourrait, devrait rapprocher les Juifs et les Musulmans, les Israéliens et les Palestiniens. Ainsi, hier encore, nos frères musulmans célébraient l’Aïd el kébir, la fête du sacrifice, qui rappelle le sacrifice d’Ismaël par Abraham, tandis que nous lisons cette semaine la parasha Vayéra qui commémore le sacrifice d’Isaac par le même Abraham ! Le fait est que le hamas qui se base sur des versets du Coran pour justifier sa lutte contre Israël, est avant tout une organisation profondément antisémite. Il suffit de lire certains articles de sa charte (allez sur Google, je l’ai fait) pour retrouver tous les poncifs de l’antisémitisme le plus primaire, celui des Protocoles des Sages de Sion, comme celui consistant à rendre les Juifs responsables de toutes les catastrophes de l’humanité. Pour ceux d’entre vous qui ne voudraient pas perdre leur temps avec cette « littérature », j’ai sélectionné une partie de l’article 22 de la charte : « Depuis longtemps les ennemis ont planifié habilement et avec précision pour atteindre leur but. Ils ont pris en considération les causes qui influent les événements en cours. Ils ont amassés des fortunes énormes afin de réaliser leur rêve. Grâce à leur argent, ils ont mis la main sur les médias du monde entier, la presse, les maisons d’édition, les stations de radio etc… Avec leur argent, ils ont fomentés des révolutions dans plusieurs parties du monde pour servir leurs intérêts et réaliser leurs objectifs. Ils sont derrière la Révolution française, la Révolution communiste et toutes les révolutions passées et à venir. Avec leur argent, ils ont mis en place des sociétés secrètes telles que les francs-maçons, les clubs Rotary, les Lions et d’autres dans différentes parties du monde, dans le but de saboter les sociétés et servir les intérêts sionistes. Avec leur argent, ils sont arrivés à prendre le contrôle des pays impérialistes et à les inciter à coloniser beaucoup de pays pour les exploiter et y répandre la corruption ».

            Avec de tels arguments, il ne doit pas être difficile de convaincre des jeunes de prendre les armes ou de se faire exploser pour éliminer un maximum de ces « ennemis ». Habituellement, les tunnels servent à rapprocher les hommes en supprimant ou contournant certains obstacles géographiques (montagnes, fleuves, mer). Ce que les ponts font en surface, ils le font sous la terre ou sous la roche. Le tunnel que vient de découvrir de justesse l’armée israélienne était d’une tout autre nature. Il ne voulait que transmettre la mort. Béni soit l’Eternel qui n’a pas voulu qu’il en soit ainsi. Fasse l’avenir que le « bout du tunnel » soit une solution pacifique entre deux populations qui ont tant d’héritage spirituel en commun.

             Shabbath Shalom à tous et à chacun. Bien amicalement, Daniel Farhi.

Rabbin Daniel Farhi

Daniel Farhi, né en 1941 à Paris, est un rabbin d'obédience libérale. Il est le fondateur en 1977 du Mouvement Juif Libéral de France (MJLF). Retraité depuis 2009, il préside actuellement le Centre Culturel Judéo-Espagnol/Al Syete et y enseigne régulièrement. Il a initié en 1991 la lecture publique ininterrompue de 24 heures des Noms des déportés juifs de France durant la Shoah. Il participe régulièrement au dialogue interreligieux entre Juifs, Chrétiens et Musulmans. Il a écrit plusieurs ouvrages dont : "Au dernier survivant" et "Profession rabbin" (Editions Albin Michel). Il est Chevalier de la Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite.
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